Le gel a peut-être manqué son coup le plus dur. Mais dans les vignes de Bourgogne, personne ne crie victoire trop vite. Le redoux de Pâques va dire beaucoup plus que les nuits glacées de fin mars, et les vignerons gardent un œil inquiet sur chaque bourgeon.
Un épisode de gel moins grave qu’en 2021, mais pas anodin
Les 27 et 28 mars, les vignerons de Côte-d’Or ont vécu deux nuits très tendues. Le froid est arrivé sous deux formes, avec un gel advectif puis un gel radiatif. Dit simplement, la vigne a encaissé un vrai choc.
Pour autant, le scénario catastrophe semble évité. Selon les premiers constats, les dégâts restent loin de ceux de 2021. Quelques pieds touchés ici, quelques baguettes de chardonnay là, mais pas de parcelles entièrement gelées à ce stade.
C’est presque un soulagement, mais un soulagement prudent. Dans la vigne, tout peut encore changer en quelques jours. Surtout quand la végétation repart d’un coup.
Pourquoi le redoux de Pâques change tout
Le vrai verdict ne tombera pas tout de suite. Les températures annoncées autour de 15°C en moyenne et jusqu’à 23°C dans la journée vont relancer la pousse. Et là, la vigne va montrer son visage réel.
Thomas Gouroux, technicien viticole, le dit clairement. La période froide a stoppé la croissance. Dès le retour du beau temps, les stades phénologiques vont avancer très vite. En clair, les bourgeons vont s’ouvrir davantage et les éventuels dégâts deviendront visibles.
C’est souvent à ce moment-là que le stress monte d’un cran. Un bourgeon qui semblait vivant peut sécher. Un autre, un peu rouille en apparence, peut repartir. Il faut donc attendre avant de tirer des conclusions définitives.
Des zones plus exposées que d’autres
Tout le vignoble n’a pas été touché de la même manière. Dans le Châtillonnais, les Hautes-Côtes et le secteur de Nolay, les premiers symptômes semblent plus marqués. La neige en altitude, puis la pluie avant la gelée, ont pu fragiliser certains bourgeons.
Les vignes les plus avancées paraissent aussi plus vulnérables. Le pinot noir est moins en avance que le chardonnay, ce qui peut parfois lui donner un petit avantage. Mais les parcelles mal ventilées restent sous surveillance, car l’air froid y stagne plus facilement.
Dans les côtes de Beaune et de Nuits, les techniciens n’écartent pas la découverte de quelques casses supplémentaires. Rien d’alarmant pour l’instant. Mais la vigilance reste totale.
Le gel n’est pas le seul risque : le filage inquiète aussi
On pense souvent au gel comme au seul danger. Pourtant, le froid peut faire des dégâts plus discrets. Pierre Petitot, conseiller viticole, rappelle qu’une grande partie du rendement se joue très tôt, entre le débourrement et l’étalement des premières feuilles.
Quand la vigne subit une longue période froide à ce moment-là, elle peut produire moins bien. Les inflorescences peuvent partir en vrille, ou se développer de manière irrégulière. C’est ce qu’on appelle le filage.
Ce phénomène peut sembler moins spectaculaire qu’un bourgeon noirci. Mais au moment des vendanges, il compte énormément. Moins de grappes par pied, c’est parfois une récolte qui se contracte sans bruit.
Comment les vignerons observent leurs parcelles
Dans les prochains jours, les équipes vont couper des bourgeons et les ouvrir. L’idée est simple. Si l’intérieur reste vert, il y a de l’espoir. S’il est sec, le bourgeon est perdu.
Ce travail demande du calme et de l’expérience. Un regard rapide peut tromper. Une parcelle qui semble abîmée peut encore surprendre. À l’inverse, une vigne apparemment épargnée peut révéler des pertes plus tard.
Cette attente est sans doute la partie la plus pénible. On ne voit pas encore toute la blessure, mais on la devine. Et il faut continuer à travailler comme si de rien n’était.
Ce que cela dit de la Bourgogne au printemps
Le printemps en Bourgogne a toujours quelque chose de fragile. Une nuit trop froide, un bourgeon trop avancé, et l’équilibre se casse. C’est ce qui rend chaque épisode de gel si stressant pour les domaines.
Mais cette fois, la situation semble moins brutale que dans d’autres régions françaises. Chablis et la Champagne ont connu des températures plus basses. En Côte-d’Or, le froid a frappé, mais sans aller aussi loin.
Alors oui, la prudence reste de mise. Oui, les prochains jours vont être décisifs. Mais pour l’instant, les vignerons de Bourgogne respirent un peu mieux. Ils savent seulement qu’en viticulture, rien n’est vraiment gagné avant le retour complet de la végétation.
Un printemps sous surveillance, jusqu’au dernier bourgeon
Le mot d’ordre est donc simple : attendre, observer, et ne pas sous-estimer la suite. Le redoux peut rassurer, mais il peut aussi révéler des dégâts cachés. C’est tout le paradoxe de ces nuits de gel.
Dans les vignes, le calme apparent ne dure jamais longtemps. Dès que la chaleur revient, tout s’accélère. Et avec elle, les bonnes surprises comme les mauvaises.
Pour les vignerons de Bourgogne, Pâques ne sera pas seulement une fête. Ce sera aussi un test. Le vrai visage du millésime commence souvent là, dans le silence d’un bourgeon qui repart ou qui lâche.



